La renaissance de Barjols, ancienne capitale française du cuir

courrierinternational.com | 23 August 2021

Une vue de la commune de Barjols dans le Var, en 2010. PHOTO / NICOLAS THIBAUT / PHOTONONSTOP via AFP

Une femme, vêtue de noir, se tient la tête en bas, le corps contre un arbre. Pendant un moment, on dirait un élément d’une nature morte*. Derrière elle, l’eau d’une cascade rebondit sur des rochers avant de retomber dans un petit lac. Les couleurs font penser aux mers du Sud. Nous sommes pourtant à Barjols, dans la Provence verte. Mémoire de gestes, c’est ainsi que la danseuse Caroline Brotons a intitulé sa performance, une quête des traces du passé ouvrier d’un village où coexistent étrangement paysage enchanteur et ruines postindustrielles.

Si on envoyait un drone filmer au-dessus des rochers, on verrait un village typique de 3 000 habitants du sud de la France niché au milieu des collines de cette Provence verte qui porte bien son nom, les toits en tuiles de terre cuite. Mais surtout on verrait la plaie béante qui s’étale en haut, au-dessus des pieds de la femme à la tête en bas : les décombres de ce qui était jadis la plus grande tannerie de Barjols. Après trente ans d’inoccupation, ce bâtiment de briques et de béton de 17 000 m2 est en ruine. Son démantèlement a commencé au début de l’année, avec maintes précautions.

En bas, à la cascade, les spectateurs ont involontairement fait un cercle autour de la danseuse. Munis d’un casque, ils écoutent un collage sonore réalisé par Radio Grenouille, une station de Marseille. Un homme à l’accent provençal prononcé évoque les tanneurs* de Barjols, leurs gestes, la dureté du travail, la puanteur. “La carnasse*”, c’est ainsi qu’on appelait les résidus que les tanneurs raclaient sur les peaux. “C’était une odeur très particulière. On la sentait quand mon père rentrait à la maison. Quelquefois, tout le village puait comme ça”, rapporte Frank Gorgerin, dernier rejeton de nombreuses générations de tanneurs. Le travail était dur, le salaire correct. La dernière tannerie a fermé en 1983. “Ça nous a fendu le cœur quand ç’a été fini”, confie Frank Gorgerin.

Souvenirs refoulés


Il y a longtemps que c’est fini, mais ce n’est peut-être que maintenant que c’est pour de bon. Un village peut-il faire son deuil ? peut-il se réinventer ? Ce Tivoli français, où la première tannerie a ouvert en 1608 avec autorisation royale et est devenue le bastion de la tannerie française, peut-il se trouver une nouvelle identité ? La “promenade sonore” de Caroline Brotons vise à clore un chapitre terminé depuis longtemps et à en ouvrir un nouveau. Baptisé “Tanneries modes d’emploi”, le projet comporte, outre

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Martina Meister
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“Le Monde”, porte-drapeau des éditions Springer, est une sorte de Figaro à l’allemande. Très complet dans le domaine économique, il est aussi lu pour ses pages concernant le tourisme et l’immobilier. Notamment avec sa rubrique d’analyse,